Portrait de Mathieu CaduMathieu Cadu

Je fabrique des trucs depuis longtemps. Des apps, des APIs, des produits qui ont tourné, d'autres que j'ai arrêtés quand ça n'avait plus de sens. Le travail a toujours bougé — nouveaux frameworks, nouvelles architectures, nouvelles façons d'organiser une équipe. Mais ce qui se passe en ce moment, c'est différent.

Avec l'IA, ce n'est pas juste la stack qui change. C'est la façon de penser ce qu'on fait. Il y a dix-huit mois, construire une feature signifiait l'écrire. Aujourd'hui ça commence souvent par une conversation — décrire le problème, itérer sur la solution, garder la main sur les décisions qui comptent. La compétence s'est déplacée : moins "savoir faire", plus "savoir évaluer ce qui est bien fait". Et c'est plus subtil qu'il n'y paraît.


Parce que déléguer à un modèle, c'est d'abord comprendre où il va se planter. Un LLM fait du code cohérent, syntaxiquement propre, souvent plausible — et parfois complètement à côté. Les erreurs ne sont plus des erreurs de syntaxe, ce sont des erreurs de jugement. Les miennes, en fait : c'est moi qui ai mal posé le problème, mal cadré le contexte, trop fait confiance à une réponse qui sonnait juste.

Ce déplacement m'intéresse. Pas comme observateur — comme quelqu'un qui est dedans, qui réajuste sa façon de travailler en temps réel, sur des projets réels. Le soir sur un side, le lendemain en production. Les deux contextes se ressemblent plus qu'avant.


C'est pour ça que j'ouvre ce carnet. Pas pour documenter "comment utiliser l'IA" — il y en a des milliers, la plupart dépassés avant d'être publiés. Juste pour tracer ce que je traverse : une décision prise sur un chantier, un outil branché pour voir, une chose que j'aurais faite autrement il y a six mois. Pro et perso mélangés, parce que la frontière est floue quand on parle de comment on construit.

Je ne sais pas ce que le métier ressemblera dans trois ans. Personne ne le sait vraiment. Mais en attendant, il se passe quelque chose — et ça mérite d'être noté.